Interview Magazine .
Pour fêter le 40ème anniversaire d'Interview Magazine, nous avons demandé à l'acteur, metteur en scène, écrivain, et photographe Dennis Hopper – un ami du magazine depuis 40 ans , de prendre en charge cette interview. Il a gracieusement accepté. Il lui a parlé alors qu'elle tournait Eclipse à Vancouver.
Dennis HOPPER: Avant que nous commencions, j'ai une fille de 6 ans ici qui devient folle car vous êtes en ligne. Puis-je vous la passer pour lui dire bonjour ?
Kristen STEWART: Ouais, bien sûr.
HOPPER: Ok, elle s'appelle Galen.
Galen HOPPER: Salut !
STEWART: Salut ! Comment vas-tu ?
G.H.: Bien !
STEWART: Enchantée de te rencontrer, Galen. (Pause) Allo ?
G.H.: Salut !
HOPPER: (Reprenant le téléphone) Elle est si excitée !
STEWART: Oula, ça m'a rendue si nerveuse !
HOPPER: Ça vous rend nerveuse ?
STEWART: Ouais. Je suis juste comme intimidée par les enfants. Je ne sais pas quoi dire.
HOPPER: Eh bien, merci de l'avoir fait. Alors, comment allez vous ?
STEWART: Ça va plutôt bien. Je ne suis pas très bonne en interview, mais c'est marrant. Pourquoi, bon dieu, vouliez-vous faire ça ? Vous n'avez aucune idée d'à quel point c'est cool pour moi.
HOPPER: Eh bien, vous êtes une très bonne actrice. Et ma fille est votre plus grande fan, alors j'ai pensé, pourquoi pas ? (Rires) Je ne fais pas non plus ça d'habitude. Mais vous devez passer par une période assez difficile en ce moment, à cause du carton de Twilight. Vous ne devez plus avoir la paix du tout.
STEWART: Le plus triste est que je me sens très ennuyeuse parce que Twilight est littéralement ce par quoi toutes les conversations que j'ai eu ces derniers temps commencent – que ce soit quelqu'un que je rencontre pour la première fois, ou que je n'ai pas vu depuis un moment. La première chose que j'ai envie de leur dire est « C'est dément ! Et, en tant qu'être humain, je ne peux rien faire ! » Mais après, je me dis, bon sang, ferme ta gueule.
HOPPER: (Les deux rient) Vous savez, vous donnez de vraiment bonnes performances. Comme vous ne saviez pas que vous tourneriez de suite quand vous faisiez Twilight, a-t-il été difficile de se remettre dans le personnage pour les nouveaux épisodes ?
STEWART: J'ai, en fait, toujours été intéressée par suivre un personnage sur du plus long terme, mais le seul moyen était les séries télé. Mais la saga Twilight est cool car tu sais sur quoi te reposer – tous les livres sont là. Et puis, j'ai des breaks entre chaque. C'est assez déprimant de perdre un personnage alors qu'on commençait à bien le connaître. D'habitude, à la fin d'un film, c'est comme si j'étais vraiment arrivée à connaitre un personnage, et puis c'est fini. C'est en fait arrivé sur le tournage de Twilight, et encore sur le tournage de New Moon. A chaque fois, mon personnage Bella devient une personne différente, et je dois apprendre à la connaître et la porter jusqu'au prochain niveau.
HOPPER: Est-ce que vous avez apprécié cela ? Ou ressentez-vous plus de pression en faisant ces suites ?
STEWART: Je me sens effectivement plus sous pression que d'habitude. Normalement, ce qui te conduis est ta propre responsabilité vis-à-vis du script, du personnage, et des gens avec qui tu travailles. Mais dans ce cas, je me sens responsable non seulement pour ça, mais aussi vis-à-vis de toutes les personnes intimement impliquées dans les livres – et maintenant, ça s'étend sur le monde entier. C'est un concept dément. Il y a certaines choses dans Twilight... autant je suis fière de ce film et je l'aime vraiment, je me dis que je me suis trop investie dans le personnage. Je connais vraiment Bella maintenant. Mais la plupart des lecteurs sentent qu'ils la connaissent aussi car c'est un récit à la première personne. Elle est comme un vaisseau sanguin et tout le monde expérimente l'histoire par elle. Toutes ces filles qui sont fans pensent qu'elles se résument à elle. Alors c'est genre, « Comment vais-je bien pouvoir faire ça pour tout ceux-là ? C'est impossible ! » Mais j'ai décidé, si tu es juste inexorablement honnête tout ce temps-là, tu n'as rien pour être honteuse.
HOPPER: Cette saga Twilight a une matière assez sombre.
STEWART: Mais les films ne sont pas aussi sombres, nous aurions tous aimé faire ces films. Mais aussi mignon que c'est que de les regarder, et aussi gentil que c'est que de les voir se réconforter, tout autour d'eux est chaotique. Je veux dire, il faut questionner leurs motivations – regarder deux personnes dévouées l'une à l'autre plus que de raison... Je me tiens derrière tout ce qu'ils font. Je dois le justifier dans mon esprit, ou sinon je ne pourrais pas jouer le personnage. Mais il est clair qu'ils ne sont pas les personnages les plus pragmatiques. Les thèmes les plus bizarres courent à travers cette histoire – comme la dominance, et le masochisme. Je veux dire, il faut réaliser que l'histoire doit faire sens pour les lecteurs de 11 ans qui n'ont pas forcément vu une scène comme des préliminaires. Mais il y a aussi l'autre partie du public – un gros pourcentage – qui a bien vu la scène comme étant des préliminaires. (Rires) Alors c'est marrant de jouer sur les deux fronts. Je sous-entends, je ne sais pas ce que ça fait de fricoter avec mon vampire de petit-copain parce que c'est quelque chose que personne n'a jamais ressenti. Mais c'est marrant de penser qu'une grosse partie du public a 10 ans et comprendra un jour toutes les pensées impliquées dans Twilight qu'ils n'avaient pas vu auparavant.
HOPPER: Eh bien, vous portez beaucoup d'attention.
STEWART: Ouais, c'est bizarre. Il y a une idée de qui je suis qui est éternellement projetée sur moi, et je me sens presque obligée d'incarner ce rôle. Même quand des choses sortent de ma bouche, je veux être sure que ce que je dis reflète ce que je pense. Tout ce à quoi je pense est que chacune de mes paroles va être critiquée – pas critiquée, évaluée et analysée. Et c'est toujours quelque chose qui m'importe vraiment qui n'est pas repris correctement. Mais en ce qui concerne les changements dans ma vie, je ne suis jamais vraiment beaucoup sortie avant. Je suis le genre de personne à être dans sa bulle. J'espérais pouvoir plus de promener.
HOPPER: Vous ne pouvez pas vous promenez ?
STEWART: J'aurais aimé pouvoir faire des ballades après le travail, au lieu de rentrer à mon hôtel et ne pas en sortir. Ça peut être très ennuyant. Je travaille en tant qu'actrice depuis toute petite, et je connais beaucoup d'acteurs qui n'ont pas à se soucier de leur persona... Vous savez, si vous cherchez le mot « persona » dans le dictionnaire, ce n'est même pas réel. Le sens profond de ce mot est que c'est échafaudé, et c'est comme si je ne pouvais même pas m'échafauder moi-même. Ça peut être très dérangeant. Mais j'ai le fort sentiment que ça va s'en aller bientôt, que ça va être plus intense – ça pourrait – et que c'est bref. Alors dans quelques années, pourvu que je devienne comme les personnes auxquelles je rêve de ressembler.
HOPPER: Est-ce que ça vous dérange de vous voir dans les tabloïds ?
STEWART: Il n'y a rien à y faire, pour être honnête. Je ne quitte jamais ma chambre d'hôtel, littéralement, jamais. Je ne parle à personne de ma vie personnelle et peut-être que ça la fait perdurer, aussi. Mais c'est important d'avoir ce que l'on veut et de le garder pour soi. Ceci étant dit, le seul moyen que personne ne sache ou j'étais la nuit d'avant est que je ne sorte pas du tout. C'est mon commerce. Ça dépend de mon humeur. Certains soirs, je me dis “Tu sais quoi, je m'en fous. Je vais juste faire ce que j'ai envie de faire. » Et le jour suivant, je me dis « Argh, maintenant, tout le monde pense que je sors pour avoir toute l'attention. » Mais c'est genre, non, en fait, pendant une seconde, j'ai pensé que je pouvais être normale.
HOPPER: J'ai regardé tous les films que vous avez tourné, et vous avez travaillé avec des gens vraiment extraordinaires : Patricia Clarkson—Dieu qu'elle est talentueuse—et Jodie Foster. Juste des gens merveilleux. Et vos performances sont vraiment différentes. Vous avez commencé à 9 ans. Vous vouliez être actrice, c'est ça ? C'est pas comme ci vous y aviez été forcée à cause du métier de vos parents ?
STEWART: Non. Vraiment.
HOPPER: Parce que Dean Stockwell est un de mes meilleurs amis et il a des cauchemars de quand il jouait petit. Mais vous vouliez vraiment faire ça, non ?
STEWART: C'est assez bizarre d'espérer des enfants qu'ils soient sûrs de ce qu'ils veulent faire, comme jouer. Je ne suis pas sûre d'avoir été prédestinée à ça, mais c'était quelque chose qui me plaisait. Pour être honnête, je me suis d'abord amusée. C'était la première chose dans laquelle je m'épanouissais. Mes parents sont solidaires. Ils étaient tous deux perplexes quand je leur ai dit que je voulais jouer. Mais ils nous encourageaient dans ce que mes frères et moi faisions. Je trouvais ça drôle car j'ai grandi sur les tournages. Et quelques années plus tard, j'ai mûrie, et jouer est devenu différent à mes yeux. Je devais avoir vers 13 ans.
HOPPER: Avez-vous appris par quelqu'un ? Ou vous êtes vous améliorée au contact des autres ?
STEWART: Non, je suis juste tombée dedans.
HOPPER: Vous avez appris sur le tas. C'est le meilleur endroit pour ça. J'ai vu Panic Room hier soir.
STEWART: Vraiment ? Je ne l'ai pas vu depuis si longtemps. C'était le second film que j'ai tourné. Dieu merci Jodie Foster a fait ce film parce que je ne pensais à rien sur ce tournage. Je trainais littéralement avec elle, et j'étais moi-même. Je ne pourrais pas le regarder, ça me tuerai. Ça serait comme regarder un film de famille.
HOPPER: Mais vous êtes si bonne dedans. Êtes-vous allée à l'école quand vous travaillez enfant ?
STEWART: J'ai été à l'école publique jusqu'au collège. Je sais que c'est un peu tard, et que je suis un peu trop vieille, mais je viens juste de terminer le lycée – avec les honneurs. L'autre jour, je tournais une scène de remise de diplôme sur Eclipse, et j'avais juste fini le lycée une semaine avant, alors j'ai dit à l'équipe « Hey, pour info, je suis diplômée en fait, et je n'aurais pas d'autres cérémonies que celle-ci. » Alors, j'ai pris une fausse photo avec un figurant. Je lui ai littéralement demandé de revenir, de me serrer la main et de me tendre le diplôme alors que j'étais vêtue du chapeau et de la toge.